Au début du XXe siècle, la Marine Nationale doit s’adapter aux nouvelles méthodes de combat : apparition de la guerre sous-marine, essor des avions, des hydravions, des dirigeables.
En 1910, la Marine Nationale acquiert donc son premier avion. En 1911, création des Centres d'Aviation de Brest et de Cherbourg puis l’année suivante, l'Aviation Maritime voit le jour.
Le Service de l'Aéronautique Maritime est officiellement créé le 20 mars 1912 mais son organisation est mise en place en juillet 1914.

Il comprend :
        - un service central de l'aéronautique,
        - des centres d'aérostation,
        - un centre principal et des centres d'escadrilles d'avions.

Il faudra attendre 1915 pour voir arriver les premiers dirigeables et 1917 pour que des ballons captifs opérationnels soient enfin mis en service à bord de bâtiments de la flotte.
C’est aussi en 1917 que l'Allemagne décide de se lancer dans une guerre sous-marine à outrance, sous la direction de l'amiral von Tirpitz, considéré comme le fondateur de la flotte de haute mer allemande. Le trafic commercial allié est désormais torpillé sans avertissement par des flottilles de sous-marins.
L'Amirauté française réagit rapidement, sous la houlette du contre-amiral Lacaze, ministre de la marine depuis novembre 1915, en ouvrant vingt centres d'aviation, douze centres de dirigeables et quinze centres de ballons captifs.

La lutte contre les sous-marins allemands devient la priorité.

Le 6 décembre 1916 est décidée la création d'un centre de dirigeables sur le site d'Ecausseville.

C’est ainsi qu’à Ecausseville-Montebourg, un premier hangar, en bois, est construit entre janvier et août 1917, date à laquelle il accueille son premier dirigeable (le Sea Scout SS-49 / VA-3).

C’est la société Sainte-Beuve et Garnier qui en assure la construction. Ses dimmensions sont : 150 x 20 x 22 mètres.

Une usine à hydrogène et deux gazomètres sont édifiés. L’hydrogène est produit par l’action de la soude sur le ferrosilicium.


Ouvriers pendant la construction du Hangar
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Lance-bombe à déclenchement manuel  
Un second Hangar, en béton, est érigé entre novembre 1917 et août 1919. Il est réalisé avec des techniques nouvelles nécessitant des spécialistes et des matériaux nouveaux notamment des granulats spécifiques. La grande porte ne sera achevée qu’en 1920.
maquette des deux hangars, présentée ors des visites du Hangar
Plan du centre de Dirigeables de Montebourg
Dès Août 1917 des dirigeables effectueront des missions au dessus de la Manche à partir de la base d’Ecausseville. Après l’armistice ils continueront de s’entraîner et certains participeront avec la flotte aux revues navales.
« ... Les dirigeables sont des engins volumineux qui nécessitent des abris importants et coûteux ; ils sont trop facilement soumis à l’influence du vent et peuvent devenir incontrôlables dans certaines situations météorologiques. En revanche on peut être admiratif quand on constate le rythme élevé de sorties qu’ils sont capables d’assumer en temps de guerre, assurant par leur simple présence une dissuasion efficace contre les sous marins ennemis. De 1916 à 1918, ils sont intervenus 31 fois contre des sous-marins ou des cibles supposées telles. Mais leur véritable rôle n’a pas été d’attaquer les submersibles mais plutôt de dissuader ceux-ci d’entrer en action et ils ont en cela parfaitement réussi. » Les Dirigeables de la Marine Française (1915-1937) – Robert Feuilloy - ARDHAN – décembre 2008
 
Cliquez sur les noms pour découvrir les dirigeables qui ont séjourné à Montebourg
         
Le Hangar en bois est endommagé par la tempête du 24 août 1931 et sera ensuite démoli (1933). La Marine abandonne définitivement les dirigeables en 1936.

Mission au dessus de la Manche depuis le Hangar

La base reçoit alors le Groupe Mobile d’Artillerie lourde de Côte et de DCA composé de deux batteries de 155 mm et de quatre batteries de DCA de 90 mm. Chaque batterie comportait quatre canons.

Les deux batteries de 155mm sont stockées à Montebourg et déployées en 1939 dans le secteur Dunkerque/ Gravelines/Aa.

Le rôle du Groupe Mobile était le même que lors de la Seconde guerre Mondiale, celui du « mur de l’Atlantique ».

A cette époque, 150 à 200 gradés et hommes vivent sur cette base :


canon de 155 mm long Schneider
30 hommes pour les 2 batteries de 155mm ; 72 pour les 4 batteries de 90 mm ; 30 pour les projecteurs ; 10 pour les postes d'écoute ; 30 pour les conducteurs de tracteurs et camions.
Les canons de 155 mm sont des Schneider, modèle 1932. Ils peuvent tirer des obus de 50 kg à 27 kms, l'entraînement se fait par des tirs en mer à partir de la région du Cap Levy. Ces batteries sont en fait plus "semi-mobiles" que réellement "mobiles".  En effet, pour être déplacé, le canon de 155 mm Schneider Long Mle 1932, doit être décomposé en 2 fardeaux distincts, chacun mû par 1 tracteur semi-chenillé Somua-Latyl.

Les munitions sont transportées par des camions Citroën bâchés. Au printemps 1938, une des batteries de DCA est envoyée à Port Vendres pour la surveillance des avions passant la frontière, elle sera de retour en Octobre. En 1939, le Groupe Mobile a été envoyé aux Pays-Bas pour stopper l’envahisseur et a participé à la bataille jusqu’à la déroute de Dunkerque. Les deux batteries sont partiellement détruites puis capturées en 1940.
Entre 1940 et 1944 les Allemands s’installent dans le Hangar. Cette période de l'Occupation est peu renseignée.

On sait toutefois que c’est en 1940 qu’il perd ses deux portes métalliques roulantes (12m X 27m). Il semblerait que le cyclone du 14 novembre et une fausse manœuvre des Allemands soient à l’origine de leur destruction.

Les Allemands les découpent au chalumeau sans les remplacer. La face avant ne sera fermée qu'en 1953 par un mur en parpaings.
Le 9 juin 1944 pour arrêter l'avance de la 8ème US Infantry Regiment, les Allemands renforcent leur position au sud de Montebourg. Le Hangar est défendu mais il est abandonné dans la nuit du 10 au 11 juin en ayant subi quelques dégâts.
Les Américains s’y installent alors et l’utilisent jusqu’en 1945 comme centre de stockage et d’entretien pour plusieurs milliers de véhicules et de chars.
En 1946, la Marine Nationale envisage de vendre le site puis décide de l'utiliser en entrepôt de stockage d’hôpitaux de campagne et de pièce de rechange diverses pour les navires et avions jusqu’en 1994.
Entre 1967 et 1969, une partie du Hangar est réservée à la Direction des Applications Militaires du Commissariat à l’Energie Atomique, pour la mise au point des ballons destinés aux essais des premières bombes H françaises à Mururoa.

Il s’agit de régler un système d’accrochage complexe des trois câbles devant assurer le maintien du ballon dans une position fixe ainsi que des câbles électriques assurant l’alimentation de l’amorce et de ceux assurant le transfert des signaux des nombreux appareils de mesure disposés sur le ballon et sur la bombe.
Pour avoir une hauteur suffisante, une fosse a été construite à l'intérieur du hangar. Pendant cette période, la sécurité est renforcée sur la base : construction d’une clôture supplémentaire autour du Hangar et de deux guérites de surveillance avec projecteur couplé à une tourelle mitrailleuse.
En 1998, le hangar et le terrain qui l’entoure sont rachetés à la Marine Nationale par l’Association Franco-Américaine des Aérodromes Normands de la 9ème US Air Force, qui a obtenu en février 2003 le classement du hangar monument historique.

A cette date, une deuxième association, l’Association des Amis du Hangar Dirigeable d'Ecausseville, a été créée.

En 2008, la communauté de communes acquiert le hangar mais c’est à l'Association Les Amis du Hangar à Dirigeables d’Ecausseville de s'investir dans la recherche des moyens et financements à mettre en oeuvre pour en assurer la meilleure promotion et l'exploitation autour d’activités nouvelles.